Prendre sa retraite au Maroc
Le budget par ville, la pension qui continue d’arriver, et le sujet que presque tout le monde découvre trop tard : la couverture santé.
Mis à jour : septembre 202611 min de lecture

Quel budget pour une retraite au Maroc
| Ville | Une personne, sobre | Couple, confortable | Ce qui la caractérise |
|---|---|---|---|
| Agadir | 7 600 MAD · 705 € | 15 700 MAD · 1 455 € | Le meilleur climat d’hiver, la ville la moins chère |
| Essaouira | 7 800 MAD · 720 € | 16 000 MAD · 1 480 € | Petite, ventée, à 2 h 30 de Marrakech |
| Marrakech | 8 600 MAD · 795 € | 18 900 MAD · 1 750 € | Communauté francophone dense, étés à 45 °C |
| Tanger | 8 600 MAD · 795 € | 17 800 MAD · 1 650 € | L’Espagne à une heure, hivers humides |
| Rabat | 9 100 MAD · 840 € | 19 200 MAD · 1 780 € | Verte et calme, la meilleure offre médicale après Casablanca |
Source · Composé à partir des relevés 2026 de notre page coût de la vie. Conversion à 10,80 MAD pour 1 €.
C’est ce qui explique l’attrait du Maroc pour les pensions modestes : une retraite qui impose des arbitrages permanents en France permet une vie confortable à le budget d’Agadir ou à Essaouira, avec un logement correct, des sorties et une assurance santé.
Le poste à ne jamais retirer du calcul est justement l’assurance santé. Elle figure dans chacune de ces colonnes, et l’omettre fausse toutes les comparaisons qu’on trouve en ligne.
Dans quel ordre s’y prendre
- Un an avant · Essayer. Passez un hiver complet sur place, dans la ville visée, en location. C’est la seule façon de savoir si le climat, la distance et la vie quotidienne vous conviennent. Beaucoup de retours en France s’expliquent par un projet bâti sur des séjours d’été.
- Six mois avant · La santé. Comparez et souscrivez votre couverture avant le départ. Les contrats internationaux appliquent des conditions d’âge et des délais de carence, et certains n’acceptent plus de nouvelle adhésion au-delà d’un certain âge. C’est la démarche à ne pas repousser.
- Trois mois avant · Les caisses. Signalez votre changement de résidence à toutes vos caisses de retraite, de base et complémentaires. Vérifiez l’adresse de correspondance et la domiciliation bancaire de chaque pension : elles ne se mettent pas à jour entre elles.
- Trois mois avant · Les impôts. Prévenez votre service des impôts et renseignez-vous sur la déclaration de départ. Si vous conservez des revenus français, votre dossier bascule au service des impôts des particuliers non-résidents.
- Avant d’acheter · Le notaire. Si un achat immobilier est prévu, consultez un notaire des deux côtés sur la succession avant l’acquisition. Les dispositions coûtent peu à ce moment-là et beaucoup ensuite.
- À l’arrivée · Le consulat et la police. Inscrivez-vous au registre des Français de l’étranger, sans effet fiscal mais utile pour les documents et le certificat de vie. Et déposez la demande de carte de séjour dans les quinze jours suivant vos trois premiers mois.
Continuer à toucher sa pension
Le principe est simple : les caisses françaises versent les pensions à l’étranger, sur un compte marocain comme sur un compte français resté ouvert. Beaucoup de retraités conservent leur compte français et transfèrent au fil de l’eau, ce qui simplifie les prélèvements restés en France.
La contrepartie est le certificat de vie. Une fois par an, vous devez prouver que vous êtes toujours en vie : le document est rempli par une autorité locale compétente, puis transmis à vos caisses. Le service en ligne de l’Assurance retraite permet un dépôt unique valable pour l’ensemble des régimes, ce qui évite d’envoyer un justificatif à chacun.
La couverture santé
Transférer sa résidence hors de l’Union européenne met fin à l’affiliation à l’assurance maladie française au titre de la résidence. Ce n’est pas une formalité : du jour au lendemain, les soins au Maroc ne sont plus remboursés par la Sécurité sociale.
Trois voies existent, et la plupart des retraités en combinent deux.
- La Caisse des Français de l’étranger, adhésion volontaire qui reconstitue une base proche du régime français, à compléter d’une mutuelle.
- Une assurance santé internationale privée, souvent mieux adaptée au système marocain, où l’on avance rarement les frais dans les cliniques conventionnées.
- Une couverture marocaine, dont l’accès dépend de votre situation : elle relève en principe d’une activité déclarée, ce qui n’est pas le cas d’un retraité.
Le CLEISS est l’organisme de référence pour la coordination entre les deux systèmes, et sa fiche sur le Maroc est le point de départ à consulter. Notre comparatif des assurances détaille les contrats destinés aux expatriés et aux seniors.
Point pratique : la médecine privée marocaine est de bon niveau à Casablanca, Rabat et Marrakech, et bien moins chère qu’en France. Les prises en charge lourdes remontent en revanche vers Casablanca, ce qui compte si vous envisagez une petite ville.
La fiscalité des pensions
C’est le principal argument fiscal de l’installation, et il est réel. Il repose sur deux dispositifs distincts, que presque tous les guides confondent.
L’abattement forfaitaire réduit la base imposable : 70 % sur la part de pension inférieure ou égale à 168 000 dirhams par an, 40 % au-delà. C’est l’article 60 du Code général des impôts.
La réduction d’impôt de 80 % réduit l’impôt lui-même, et seulement si la pension est transférée au Maroc à titre définitif en dirhams non convertibles. C’est l’article 76. Le « 80 % » que tout le monde cite est cette réduction, pas un abattement, et elle est conditionnelle : sans transfert définitif, elle ne s’applique pas.
Réserve à connaître : les pensions publiques, versées au titre d’un emploi public, relèvent d’un article différent de la convention franco-marocaine et ne sont pas imposées dans le même pays que les pensions privées.
Le mécanisme complet, les critères de résidence fiscale et les sources officielles à consulter figurent sur la page fiscalité. Pour chiffrer votre cas, le simulateur d’imposition des pensions pose les deux dispositifs côte à côte et détaille le calcul ligne à ligne.
Le titre de séjour
Aucun visa n’est nécessaire pour entrer et rester quatre-vingt-dix jours. Beaucoup de retraités fonctionnent d’ailleurs ainsi les premières années, en alternant séjours au Maroc et retours en France, ce qui évite toute démarche.
Pour une installation durable, la demande de carte de séjour se dépose auprès des services de police du lieu de résidence, dans les quinze jours suivant la fin de ces trois mois. Le dossier demande un justificatif de ressources : une notification de pension y répond. La procédure complète est détaillée sur la page visas et titre de séjour.
Où s’installer
| Si le critère est | La ville est |
|---|---|
| Le climat | Agadir, puis Marrakech en hiver |
| Le budget | Agadir et Essaouira, 20 à 25 % sous Marrakech |
| La communauté francophone | Marrakech, de loin la plus dense |
| L’offre médicale | Casablanca, puis Rabat et Marrakech |
| La proximité de la France | Tanger, une heure de ferry vers l’Espagne |

Agadir est le choix majoritaire, et il se comprend : hivers à 22 °C, étés tempérés par l’océan, et la ville la moins chère de ce guide. Son revers est l’absence totale de patrimoine ancien et une vie culturelle limitée.
S’installer à Marrakech offre la communauté francophone la plus dense du pays et une vie sociale immédiate, au prix de deux mois d’été à 45 °C. Tanger attire ceux qui veulent rester près de l’Europe, avec l’Espagne à une heure de bateau.
La succession
C’est le sujet que l’on repousse et qu’il faut traiter avant, pas après. Une succession comportant des biens au Maroc et des héritiers en France fait intervenir deux ordres juridiques, et le droit marocain applique en matière de statut personnel des règles propres.
Ne construisez pas votre organisation sur ce que vous croyez savoir : consultez un notaire des deux côtés avant d’acheter un bien au Maroc, et non après. Les dispositions à prendre coûtent peu au moment de l’acquisition et beaucoup ensuite. Voir aussi l’achat immobilier.
Questions fréquentes sur la retraite au Maroc
Quel budget faut-il pour vivre sa retraite au Maroc ?
Entre 700 et 800 € par mois pour une personne seule vivant sobrement, selon la ville, et de 1 450 à 1 780 € pour un couple qui sort régulièrement et dispose d’une assurance santé privée. Agadir est la moins chère des villes couvertes ici, Rabat la plus onéreuse. Ces montants incluent l’assurance santé, qui est le poste à ne pas oublier.
Ma pension française est-elle versée au Maroc ?
Oui. Les caisses de retraite françaises versent les pensions sur un compte bancaire à l’étranger, y compris marocain, ou continuent de verser sur un compte français si vous le préférez. La contrepartie est le certificat de vie, à fournir une fois par an, sans lequel le versement est suspendu.
Qu’est-ce que le certificat de vie et comment l’obtenir ?
C’est le document par lequel vous prouvez chaque année à vos caisses que vous êtes toujours en vie. Il se fait remplir par une autorité locale compétente, consulat ou administration marocaine selon les cas, puis se transmet à vos caisses. Le service en ligne de l’Assurance retraite permet de le déposer une seule fois pour l’ensemble des régimes. Un certificat non retourné entraîne la suspension des versements.
Garde-t-on la Sécurité sociale française en s’installant au Maroc ?
Non, pas au titre de la résidence : transférer sa résidence hors de l’Union européenne met fin à l’affiliation à l’assurance maladie française. C’est le point le plus sous-estimé des projets de retraite au Maroc. Les solutions sont l’adhésion volontaire à la Caisse des Français de l’étranger, une assurance santé internationale privée, ou une combinaison des deux. Le CLEISS est l’organisme de référence pour la coordination entre les deux systèmes.
Les retraités sont-ils moins imposés au Maroc ?
Oui, par deux dispositifs qu’il faut distinguer. Un abattement forfaitaire de 70 % sur la part de pension inférieure ou égale à 168 000 dirhams par an et de 40 % au-delà, qui réduit la base imposable, prévu par l’article 60 du Code général des impôts. Et, si la pension est transférée au Maroc à titre définitif en dirhams non convertibles, une réduction de 80 % de l’impôt dû sur cette pension, prévue par l’article 76. Le « 80 % » que tout le monde cite est cette réduction d’impôt, pas un abattement, et elle est conditionnelle.
Faut-il un visa pour s’installer à la retraite au Maroc ?
Non pour entrer : un Français séjourne quatre-vingt-dix jours sans visa. Au-delà, il faut demander une carte de séjour auprès des services de police du lieu de résidence, dans les quinze jours suivant la fin de ces trois mois. Le dossier demande notamment un justificatif de ressources, ce que la pension constitue.
Quelle ville choisir pour sa retraite au Maroc ?
Agadir pour le climat et le budget, c’est le choix majoritaire. Essaouira pour une petite ville en bord d’océan. Marrakech pour la vie sociale francophone, en acceptant deux mois d’été très durs. Tanger pour rester près de l’Europe. Rabat pour l’accès aux soins et le calme. Casablanca offre les meilleures cliniques mais le cadre de vie le moins agréable.



