La fiscalité au Maroc
Qui impose quoi entre la France et le Maroc, comment on devient résident fiscal marocain, et les taux en vigueur avec l’article qui les fixe.
Mis à jour : septembre 202610 min de lecture

Devenir résident fiscal marocain
| Critère | Ce qu’il recouvre |
|---|---|
| Foyer permanent d’habitation | Vous disposez d’un logement à titre permanent au Maroc |
| Centre des intérêts économiques | Vos activités ou la source principale de vos revenus y sont |
| Durée de séjour | Séjour au Maroc supérieur à 183 jours sur une période de 365 jours |
Source · Code général des impôts marocain. Un seul critère suffit.
Le point que beaucoup manquent : ces trois critères ne se cumulent pas. Un seul suffit. On peut passer moins de 183 jours par an au Maroc et y être résident fiscal parce qu’on y dispose d’un logement permanent.
La situation inverse existe aussi, et elle est fréquente : être considéré comme résident par les deux pays à la fois. La convention prévoit alors des règles de départage successives, foyer d’habitation permanent, puis centre des intérêts vitaux, puis séjour habituel, puis nationalité.
Un départ de France ne se présume pas : il se déclare, avec l’adresse à l’étranger et, selon les cas, une déclaration de départ auprès de votre service des impôts. Voir aussi le titre de séjour, qui est une question distincte et n’emporte pas la résidence fiscale.
La convention du 29 mai 1970
La convention fiscale franco-marocaine, signée le 29 mai 1970 et amendée depuis par avenants, est la pierre angulaire de tout le sujet. Elle répartit le droit d’imposer entre les deux États, catégorie de revenu par catégorie, pour éviter qu’un même revenu soit taxé deux fois.
Elle ne crée pas d’impôt et n’en supprime pas : elle désigne lequel des deux pays impose, et selon quelle méthode l’autre élimine la double imposition. C’est pour cela qu’une question fiscale franco-marocaine se traite toujours en deux temps : quelle est ma résidence, puis que dit la convention pour ce type de revenu.
Le barème de l’impôt sur le revenu
| Revenu net imposable annuel (MAD) | Taux | Précision |
|---|---|---|
| Jusqu’à 40 000 | 0 % | Seuil d’exonération, soit 3 333 MAD par mois |
| 40 001 à 60 000 | 10 % | |
| 60 001 à 80 000 | 20 % | |
| 80 001 à 100 000 | 30 % | |
| 100 001 à 180 000 | 34 % | |
| Au-delà de 180 000 | 37 % | Ramené de 38 à 37 % par la réforme |
Source · Code général des impôts marocain, barème en vigueur au titre de la loi de finances 2026. Vérifié en septembre 2026.
Le seuil d’exonération est de 40 000 dirhams par an, soit environ 3 333 dirhams par mois : en dessous, aucun impôt sur le revenu n’est dû. Le taux marginal supérieur a été ramené de 38 à 37 %.
S’ajoute une déduction pour charges de famille de 600 dirhams par an et par personne à charge, dans la limite de six personnes, soit 50 dirhams par mois et par personne.
Ce barème s’applique au revenu net imposable, c’est-à-dire après les abattements et déductions propres à chaque catégorie de revenu. Pour les pensions, c’est l’abattement de la section suivante qui détermine la base.
L’imposition des pensions
Premier dispositif : l’abattement forfaitaire. Il s’applique au montant brut imposable de la pension, quelle que soit son origine, et il est de 70 % sur la part inférieure ou égale à 168 000 dirhams par an, et de 40 % sur la part au-delà. C’est l’article 60 du Code général des impôts, dont le taux a été relevé de 60 à 70 % par la loi de finances 2023.
Second dispositif : la réduction d’impôt de 80 %. Elle ne réduit pas la base mais l’impôt dû au titre de la pension, et elle est réservée aux pensions de source étrangère transférées au Maroc à titre définitif en dirhams non convertibles. C’est l’article 76.
La confusion entre les deux est générale, y compris chez des conseils. Elle a une conséquence concrète : le « 80 % » que tout le monde cite n’est pas un abattement sur la pension, c’est une réduction de l’impôt, et elle est conditionnelle. Sans transfert définitif en dirhams non convertibles, seul l’abattement de l’article 60 s’applique.
Une distinction structure enfin tout le reste : les pensions privées et les pensions publiques, versées au titre d’un emploi public, ne relèvent pas du même article de la convention franco-marocaine et ne sont pas imposées dans le même pays. Un retraité de la fonction publique française ne se trouve donc pas dans la même situation qu’un retraité du secteur privé, et l’avantage décrit ci-dessus ne le concerne pas de la même façon.
Ce que vous paierez, en chiffres
Chargement du taux…
Le résultat suppose que la pension est votre seul revenu imposable au Maroc. Dès qu’un autre revenu s’y ajoute, un loyer par exemple, la réduction de l’article 76 ne porte que sur la fraction d’impôt correspondant à la pension : le montant affiché devient alors un plancher, pas le total.
Il suppose aussi une pension privée. Un retraité de la fonction publique française relève d’un autre article de la convention et reste imposable en France, comme expliqué plus haut. Le détail des démarches côté retraite figure sur notre guide de la retraite au Maroc.
Loyers, plus-values et salaires
| Type de revenu | Imposé au | Précision |
|---|---|---|
| Pensions de retraite privées de source française | Maroc | Un abattement existe pour les pensions transférées |
| Pensions publiques françaises | France | Régime distinct des pensions privées |
| Revenus fonciers d’un bien situé en France | France | Imposés là où l’immeuble se trouve |
| Revenus fonciers d’un bien situé au Maroc | Maroc | Après abattement forfaitaire pour charges |
| Salaires d’une activité exercée au Maroc | Maroc | Imposition à la source du travail |
| Plus-value sur un bien situé au Maroc | Maroc | Taxe sur le profit immobilier |
Source · Convention fiscale franco-marocaine du 29 mai 1970 et ses avenants. Traitement de principe, à confirmer au cas par cas.

Les revenus fonciers suivent l’immeuble : un appartement à Casablanca est imposé au Maroc, un appartement à Lyon reste imposé en France, quel que soit votre lieu de résidence. Les loyers marocains bénéficient d’un abattement forfaitaire pour charges avant application du barème.
Les plus-values immobilières relèvent également du pays où se situe le bien, au titre de la taxe sur le profit immobilier marocain. C’est ce qui rend la sous-déclaration du prix d’achat si coûteuse à la revente : voir les pièges de l’achat immobilier.
Ce qui reste à faire en France
Résider au Maroc ne coupe pas le lien avec l’administration française. Si vous conservez des revenus de source française, vous devez déposer une déclaration de non-résident auprès du service des impôts des particuliers non-résidents.
La convention évite la double imposition, elle ne dispense pas de déclarer. C’est l’erreur la plus fréquente, et elle se solde par des relances et des pénalités plusieurs années plus tard.
Pensez également à signaler votre changement d’adresse et, le cas échéant, à déposer la déclaration de départ. L’inscription au registre des Français de l’étranger auprès du consulat est une démarche distincte, sans effet fiscal, mais utile pour le reste.
Où vérifier les taux en vigueur
- La Direction générale des impôts marocaine publie le Code général des impôts consolidé et les notes circulaires qui commentent chaque loi de finances. C’est la source pour le barème de l’impôt sur le revenu et les abattements.
- Le BOFiP, côté français, publie le commentaire administratif de la convention franco-marocaine, article par article.
- Le consulat général de France dont vous dépendez publie une fiche sur la fiscalité des Français résidant au Maroc, actualisée régulièrement.
- L’Office des changes pour tout ce qui touche au transfert de fonds, à la justification des mouvements et au rapatriement.
Pour un arbitrage réel, retraite, cession d’un bien, création d’activité, un conseil fiscal des deux côtés vaut son coût. Le sujet est technique et les erreurs se paient sur plusieurs années.
Questions fréquentes sur la fiscalité franco-marocaine
Quand devient-on résident fiscal marocain ?
Dès qu’un seul des trois critères est rempli : disposer d’un foyer permanent d’habitation au Maroc, y avoir le centre de ses intérêts économiques, ou y séjourner plus de 183 jours sur une période de 365 jours. Ces critères ne se cumulent pas, un seul suffit. Si les deux pays vous considèrent comme résident, la convention de 1970 prévoit des règles de départage.
Qu’est-ce que la convention fiscale France-Maroc ?
Un traité signé le 29 mai 1970, amendé depuis par avenants, qui répartit le droit d’imposer entre les deux États pour éviter qu’un même revenu soit taxé deux fois. Elle détermine, catégorie de revenu par catégorie, lequel des deux pays impose. Son texte et son commentaire officiel figurent au BOFiP, côté français, et sur le site de la Direction générale des impôts, côté marocain.
Les retraités français sont-ils moins imposés au Maroc ?
Oui, et par deux mécanismes distincts que presque tout le monde confond. D’abord un abattement forfaitaire sur le montant brut de la pension, de 70 % sur la part inférieure ou égale à 168 000 dirhams par an et de 40 % au-delà, prévu par l’article 60 du Code général des impôts. Ensuite, et seulement si la pension est transférée au Maroc à titre définitif en dirhams non convertibles, une réduction de 80 % de l’impôt dû sur cette pension, prévue par l’article 76. La seconde s’applique à l’impôt, pas à la base : c’est la source de la confusion générale.
Quel est le barème de l’impôt sur le revenu au Maroc ?
Six tranches, sur le revenu net imposable annuel : 0 % jusqu’à 40 000 dirhams, 10 % de 40 001 à 60 000, 20 % de 60 001 à 80 000, 30 % de 80 001 à 100 000, 34 % de 100 001 à 180 000, et 37 % au-delà. Le taux marginal supérieur a été ramené de 38 à 37 % et le seuil d’exonération porté à 40 000 dirhams par la réforme entrée en vigueur avec la loi de finances 2025, confirmée par celle de 2026. S’y ajoute une déduction pour charges de famille de 600 dirhams par an et par personne, dans la limite de six personnes.
Faut-il déclarer ses revenus en France quand on vit au Maroc ?
Oui, si vous conservez des revenus de source française, des revenus fonciers notamment. Vous déposez alors une déclaration de non-résident auprès du service des impôts des particuliers non-résidents. La convention évite la double imposition, elle ne dispense pas de déclarer.
Comment sont imposés les loyers d’un bien situé au Maroc ?
Ils sont imposables au Maroc, où se trouve l’immeuble. Les revenus fonciers bruts bénéficient d’un abattement forfaitaire pour charges, puis le revenu net entre dans le barème progressif de l’impôt sur le revenu marocain. Faites confirmer le taux de l’abattement et le barème en vigueur : ils évoluent avec chaque loi de finances.
Quelle fiscalité sur la vente d’un bien au Maroc ?
La plus-value est imposée au Maroc au titre de la taxe sur le profit immobilier, calculée sur la différence entre le prix de cession et le prix d’acquisition majoré des frais justifiés. C’est l’une des raisons pour lesquelles sous-déclarer le prix à l’achat se retourne contre le vendeur : la plus-value taxable s’en trouve mécaniquement gonflée.
Y a-t-il un impôt sur la fortune au Maroc ?
Le Maroc n’applique pas d’impôt de type impôt sur la fortune immobilière. En revanche, les propriétaires acquittent des impôts locaux, taxe d’habitation et taxe de services communaux, assis sur la valeur locative du bien. Un résident fiscal français reste par ailleurs soumis aux règles françaises sur ses biens situés en France.



